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Les tendances alimentaires 2022

Adaptabilité, sobriété, réutilisation innovante, hyperlocalité, quelles seront les préoccupations des consommateurs et que chercheront-ils dans leur assiette et dans leur verre cette année? L’équipe de Cervidés s’est penchée sur la question et voici quatre tendances qui, selon elle, influenceront l’alimentation des Québécois en 2022.

Depuis le début de la pandémie, le milieu de la restauration s’adapte continuellement. Dirigés par les annonces du gouvernement, parfois abruptes, les restaurateurs et leur clientèle ont dû changer leurs habitudes et tenteront de trouver un nouvel équilibre en 2022. «Le prix du panier d’épicerie n’a pas seulement augmenté pour les particuliers, il a aussi augmenté pour les restaurateurs qui peinent à garder des prix abordables sur leur menu», explique Gaëlle Cerf, qui travaille dans le milieu de la restauration depuis près de 30 ans et qui a décidé de fermer son restaurant Grumman’78 pendant la pandémie. Continuer l’innovation, s’approvisionner localement, être au service d’une clientèle exigeante, le défi est de taille. Faut-il augmenter les prix et être transparent auprès de sa clientèle? Ce sont des pistes de réflexion. Il y a aussi la main-d’œuvre qui se fait rare et exige de meilleures conditions de travail.

« Depuis que les salles à manger ont été fermées et que le personnel de cuisine a vu son salaire augmenter considérablement en ayant accès aux pourboires du take-out, la question du partage des pourboires est encore plus un sujet d’actualité. Une réorganisation des tâches à l’interne est nécessaire », pense Gaëlle Cerf.

Avec un avenir incertain, les changements drastiques dans le milieu de la restauration depuis le début de la pandémie, les entrepreneurs se doivent de questionner leur modèle d’affaires. En 2022, ces entrepreneurs devront continuer à réorganiser leurs manières de travailler et de surcroît, la clientèle va devoir faire preuve d’adaptabilité. Si le milieu prend l’avenue de l’amélioration des conditions de travail (augmentation de salaire, meilleur partage des pourboires, horaires souples) afin d’avoir une meilleure rétention de personnel, les répercussions monétaires se retrouveront sur la facture du consommateur. Est-ce qu’il sera prêt à payer le prix? Est-ce qu’il sera ouvert à aller au restaurant la semaine, car certains restaurants auront fait le choix de fermer le week-end pour permettre à son personnel de passer du temps en famille? Est-ce que le gouvernement devra davantage s’impliquer dans cette réorganisation? 2022 nous le dira! 

Pour pousser la réflexion plus loin :

Les produits sans alcool québécois ont fait leur arrivée en masse sur les tablettes en 2020, et depuis, plusieurs distilleries et microbrasseries ont emboîté le pas. La popularité des gins sans alcool québécois comme Hickson, Esprit-de-London, Alphonse et HP Juniper encourage d’autres distilleries à se lancer dans l’aventure. Du côté des bières, il fut un temps où il fallait boire des bières désalcoolisées de compagnies internationales. Aujourd’hui, la demande pour les bières sans alcool de microbrasseries québécoises est tellement grande que des compagnies comme Bière sans alcool (BSA), ont décidé de produire uniquement de la bière à -0,5% alc./vol..

« Pour BSA, la croissance des ventes a été très soutenue depuis nos débuts. Nous sommes arrivés au bon moment avec l’idée de démocratiser ou normaliser le « sans alcool » et ça a marché. C’est sûr que la compétition est maintenant arrivée et s’agrandit constamment, donc les ventes risquent de plafonner dans les prochaines années même si les habitudes des gens continuent de se diriger vers une baisse de consommation généralement parlant. Le marché va continuer d’augmenter, et l’offre aussi, simultanément. »

Jérôme Gagnon, cofondateur de la marque BSA.
La tendance du sans alcool est là et elle est là pour rester. Les consommateurs d’ici veulent moins boire et mieux boire. La popularité du mois de février sans alcool en témoigne et les producteurs de boissons sans alcool sont au rendez-vous avec une offre de produits de plus en plus diversifiés.

Le surcycling, ou le upcycling, signifie de récupérer des matériaux ou des produits et leur donner une seconde vie. Le concept existe dans différents milieux depuis près de 10 ans, mais n’avait pas pleinement fait ses preuves en alimentation. Avec beaucoup d’essais-erreurs, c’est maintenant une tendance qui gagne en popularité. Souhaitant de moins en moins gaspiller des ressources consommables, les producteurs réfléchissent ensemble à comment réutiliser tout de l’aliment qu’ils transforment pour en tirer le maximum. Autorisée seulement depuis fin 2021, la production de piquette est un bel exemple de surcyclage. La piquette est une boisson fabriquée en ajoutant de l’eau au marc de raisin déjà pressé. Elle est ensuite fermentée et aromatisée, produisant une boisson faible en alcool. Cela fait plusieurs années que certains vignerons québécois rêvaient de pouvoir utiliser leur marc de raisin pour fabriquer et vendre de la piquette. C’est maintenant possible et le consommateur est au rendez-vous. Les craquelins de drêches de Saisons 2 ou de Drasca sont d’autres beaux exemples de surcyclage. Ils utilisent les drêches, les résidus de grains qui ont servi à la fabrication de bière, pour en faire des craquelins. Les nouvelles initiatives de surcyclage surgissent de plus en plus et ce n’est pas en 2022 que les producteurs arrêteront d’innover.

Pour plusieurs, la pandémie a été synonyme d’un retour aux sources, d’un retour au fait maison, aux plats traditionnels et réconfortants. Parallèlement, pour stimuler l’économie locale, les Québécois se sont questionnés sur la provenance de leurs aliments et une multitude d’épiceries offrant des produits locaux ont vu le jour. Ces dernières ont rendu accessibles de nouveaux aliments locaux préalablement inconnus. Le mélilot pour remplacer la vanille, le sucre d’érable, substitut local du sucre et le poivre des dunes, notre poivre québécois sont des exemples d’aliments qui ont pris leur place dans nos garde-manger pour remplacer des aliments venus de loin. À la vue du gain en popularité pour le local et d’une meilleure accessibilité à des produits hyperlocaux en 2022, il est envisageable que la tendance de l’alimentation majoritairement d’ici continue son ascension. Les Québécois tentent continuellement de modifier leurs recettes préférées afin de les rendre plus locales. Nous pouvons d’ailleurs déjà voir une multitude d’utilisations de ces «nouveaux» aliments dans certaines recettes de Ricardo, de Geneviève O’Gleman et d’autres blogues comme Zeste et Mordu. Ainsi, dans les biscuits avoine et raisins on troque la vanille, le sucre et les raisins secs pour l’essence de mélilot, le sucre d’érable et les canneberges séchées.

Crédits photo : Michael Abril

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